La dynamique de l'instabilité de mise en paquets des marches en présence de désorption est donnée par l'équation de Benney et peut à la formation d'une structure régulière ayant une longueur caractéristique donnée par la longueur d'onde du mode le plus instable. En l'absence de désorption, le régime dynamique observé est radicalement différent. La dynamique à l'ordre dominant ne donne lieu à aucune sélection de longueur d'onde ; le système suit un processus de mûrissement qui ne manifeste aucun signe de saturation.
La désorption dépendant fortement de la température de la surface vicinale, on peut imaginer qu'en faisant varier la température, on puisse agir sur cette désorption, passant d'un régime où elle est fortement présente à un autre où elle est quasiment négligeable.
Les régimes dynamiques de ces deux cas extrêmes sont connus et foncièrement différents : le premier est donné par l'équation de Benney alors que le second suit l'équation CMV .
La question se pose alors quant à l'existence et la nature d'un régime intermédiaire permettant de faire le lien entre ces deux cas limites.
C'est l'objet de cette partie où nous étudions l'instabilité de mise en paquets des marches induite par électromigration dans la limite de faible désorption. Nous proposons aussi un scénario permettant d'expliquer la transition du régime de forte désorption à celui où elle est négligeable ; c'est-à-dire entre le régime non conservé et celui conservé.
Comme précédemment, la surface vicinale de désorientation
est soumise à un flux atomique incident F.
Les atomes atterrissent sur les terrasses de longueur
, y sont adsorbés et diffusent avec une constante de diffusion D, et désorbent avec un taux d'évaporation donné par 1/
.
], [
], [
] restent inchangées par rapport au cas conservé examiné précédemment.
Nous travaillerons avec les même variables adimensionnées que dans le cas précédent.
Nous y ajoutons
=
/D
, le taux d'évaporation adimensionné ainsi que le flux incident adimensionné :
P0 =
F
/D, qui est égal au nombre de Péclet
P = V0
/D en l'absence de désorption (
= 0).
Dans ce qui suit, nous nous intéressons à la limite de faible désorption
1. Dans le but de ne retenir que les faits qualitatifs importants,
nous faisons usage de l'approximation de faible électromigration (R
1;
ce qui est le cas expérimentalement), et nous nous plaçons dans
la cas où le taux de croissance est faible P
1.
Seuls les termes linéaires en R et P seront donc retenus.
Nous allons développer les équations du modèle autour de l'état de référence où les marches sont équidistantes et dérivent à vitesse constante V0. En ne retenant que les contributions principales on obtient :
|
V0 = ( |
(4.69) |
L'analyse de stabilité linéaire du train de marches uniforme est effectuée de la même façon que dans le cas conservé.
On aboutit alors à la relation de dispersion suivante :
| = | C |
||
| + | O(R2, P0R, |
(4.70) |
| C | = | ![]() ![]() |
(4.71) |
| D | = | ![]() ) |
(4.72) |
| E | = | ![]() |
(4.73) |
La partie réelle de
nous donne le taux d'amplification de la perturbation au cours du temps et s'écrit maintenant :
Rc = ![]() |
(4.76) |
| = | 2![]() |
||
| = | 2 |
(4.77) |
] nous montre que pour C < 0, tous les modes sont stables (excepté celui pour lequel
]).
|
|
| cos( |
= | 1 - |
(4.78) |
| = | (4.79) |
| (4.80) | |||
| (4.81) | |||
| (4.82) | |||
| (4.83) |
], [
], [
] et [
] s'écrivent comme suit :
Les équations [
] à [
] sont résolues en utilisant un développement en R et |
cm = cm0 + R cmR + |
(4.88) |
De l'équation [
] découle l'équation dynamique suivante pour
:
| = | (P0 - - |
||
| - | ![]() ![]() |
||
| - | ![]() |
||
| + | ![]() ![]() |
||
| - | ceq0![]() |
||
| + | ![]() |
||
| + | ![]() ![]() |
||
| (4.89) |
], le comportement d'échelle de
(i) Si la désorption est présente, le terme non linéaire dominant est de la forme
(![]()
)2, ce qui nous donne pour
, le comportement d'échelle suivant :
.
Le préfacteur de ce terme est proportionnel à
, et donc cette non-linéarité disparaît en l'absence de désorption (ce qui est cohérent avec le fait qu'elle n'est pas compatible avec une loi de conservation).
(ii) Dans le cas conservé (i.e. en l'absence de désorption), le seul terme non linéaire restant est de la forme :
[(![]()
)2]. Ceci implique que
est d'ordre un.
Lorsque l'on prend la limite où l'effet Ehrlich-Schwoebel est nul, on retrouve l'équation CVM obtenue dans la section précédente.
(iii) Le cas intermédiaire pour lequel la désorption est présente mais très faible est intéressant à examiner.
Dans ce cas, nous ne conservons que les termes dominants proportionnels à
(en négligeant ceux proportionnels à
).
Le terme contenant
(![]()
)2 s'annule.
Le terme non linéaire dominant est alors de la forme
[(
)2] et est du même ordre que les termes linéaires pour
.
Cependant, ce terme à lui seul n'assure pas un comportement
admissible pour l'évolution non linéaire.
En effet, il
représente un nombre impair de dérivées spatiales et n'est donc pas capable de coupler efficacement les modes qui se sont développés.
Dans un modèle à deux modes [#!Valance92b!#], il n'apportera que des termes imaginaires qui représentent dans l'espace réel, des termes propagatifs incapables de saturer la croissance exponentielle donnée par le régime linéaire (le taux de croissance de la perturbation est fixé par la partie réelle du taux de croissance).
Ainsi, parce que ce terme non linéaire ne peut saturer la croissance exponentielle des termes linéaires,
croît jusqu'à devenir d'ordre unité.
Il devient important de prendre en considération les termes d'ordre
supérieur.
À cet ordre, apparaissent de nombreuses autres non-linéarités :
[(![]()
)2],
(![]()
)2,
[(![]()
)3] dont le préfacteur est proportionnel à
et disparaissent lorsque la désorption est absente,
mais aussi
[(
)2], la non-linéarité de l'équation
CMV qui ne s'annule pas pour
0.
Maintenant que les non-linéarités pertinentes de chaque régime, ainsi que le comportement d'échelle de l'amplitude du méandre
ont été déterminés, nous pouvons aller plus loin et déterminer l'équation d'évolution de la surface.
Les calculs sont calqués sur ceux de la section précédente : une première étape consiste à remplacer la description discrète de la surface par une représentation continue à l'aide d'une fonction
de la variable Y = - y/a telle que
(Y = m) =
puis l'équation dynamique ainsi obtenue pour
est inversée pour donner l'équation représentant la dynamique du profil
de la surface vicinale.
Nous obtenons alors trois équations dynamiques correspondant aux trois régimes invoqués plus haut.
(i) Si la désorption est présente,
et nous obtenons l'équation de Benney :
|
|
(4.91) |
].
Cette équation a déjà été dérivée dans de nombreux contextes, notamment en ce qui concerne la dynamique des surfaces vicinales [#!Sato95a!#], [#!Sato95b!#], [#!Sato96!#], [#!Uwaha98!#].
Elle peut conduire à une dynamique chaotique mais si le terme propagatif est important (ce qui est ici le cas, proche du seuil de l'instabilité), elle donne naissance à une structure régulière de solitons équidistants dérivant le long de la surface.
Pour la surface vicinale, cela signifie que des paquets de marches se forment, dérivent le long de la surface mais restent régulièrement répartis. Il y a donc sélection d'une longueur d'onde privilégiée correspondant à celle du mode le plus instable linéairement.
(ii) Si la désorption est absente (
= 0), alors
1 et la dynamique de la surface est donnée par l'équation suivante :
|
|
(4.93) |
]), dont la dynamique conduit à un processus de mûrissement.
(iii) Si la désorption est présente mais très faible, les termes proportionnels à
peuvent être négligées.
La dynamique obéit à une équation comprenant de nombreuses non-linéarités prenant la forme, après une renormalisation adéquate des variables spatiales et temporelles :
] pour a = b = c = d = 1 et différentes valeurs de
] ; la figure [
] montrant quant à elle l'évolution temporelle des longueurs d'onde caractéristiques des structures formées.
|
|